Les leçons à tirer de la transition d’Atlantico vers les contenus payants

Les leçons à tirer de la transition d'Atlantico vers les contenus payants

Alors qu’il avait fait jusque-là le choix d’adopter un modèle économique basé à 100% sur la publicité, le site d’information en ligne Atlantico a annoncé vouloir se lancer dans les contenus payants.

Décryptage de ce changement de business-model marquant dans le monde de la presse en ligne et des conseils que vous pouvez en tirer pour améliorer la stratégie de monétisation de votre site.

Une petite révolution dans le domaine de la presse en ligne

C’est une petite révolution qui vient de se dérouler dans le secteur des pure-players de l’information – ces sites de presse présents exclusivement sur Internet.

En début de semaine, le quotidien économique Les Echos annonçait que le site Atlantico vient de boucler une levée de fonds à hauteur de 2 millions d’euros dans le but de développer des contenus payants. Et notamment des livres numériques payants au format ebooks proposés, à chaque fois, sur des thématiques spécifiques.

Il s’agira, d’après Jean-Sébastien Ferjou, le co-fondateur du site interrogé par le quotidien économique, « d’un nouveau genre, des livres électroniques d’un format court. Le lecteur n’a pas forcément le temps de lire 300 pages, nous irons plutôt vers des formats de 30 pages. » Les premières publications payantes sont prévues pour début 2013.

Pour gérer la création de ces nouveaux ouvrages numériques, Atlantico a développé un partenariat avec l’éditeur Eyrolles qui, d’après Les Echos, « lui fournira l’accès à son catalogue ». Le quotidien économique ajoute que « certains auteurs pourraient signer ces livres électroniques et des ouvrages pourraient faire l’objet de versions courtes expliquées. Le site pourrait aussi faire appel à son réseau de 1.200 contributeurs ayant déjà écrit pour lui. Les revenus seront ensuite partagés entre Atlantico et Eyrolles. »

Un autre type de contenu payant est à l’étude et pourrait voir le jour. Une sorte de « best-of » des meilleurs articles du site publiés chaque semaine. Mais toujours en format numérique. D’après le co-fondateur du site, « certains lecteurs nous le demandent et sont prêts à payer pour ce service ». Rappelons qu’un autre pure-player de l’information Rue 89 a tenté une expérience similaire avec une version « best-of » papier.

Les limites du modèle 100% gratuit et publicitaire

C’est la première fois que Atlantico, site d’information ouvertement libéral créé début 2011, franchira l’étape du modèle et des contenus payants. Jusqu’à présent, le site était basé sur un modèle économique reposant à 100% sur ses revenus publicitaires ou d’affiliation.

Ce business-model 100% gratuit et 100% publicitaire est d’ailleurs l’une des caractéristiques de quasiment tous ces pure-players de l’information – Rue89, Slate, Owni, Newsring, etc. – qui se sont développés sur le web ces dernières années. Un modèle économique associé à un principe : les internautes ne veulent plus que du gratuit. Le contenu sur Internet – en l’occurrence ici, l’information – doit être en libre accès et sera uniquement financé par la publicité.

Le problème, c’est que jusqu’à aujourd’hui, aucun de ces sites n’a encore réussi à être rentable ! C’est-à-dire qu’ils dépensent plus d’argent que ce qu’ils gagnent. C’est la même chose pour Atlantico qui vise l’équilibre pour 2014.

MédiaPart est le seul des nouveaux pure-players de l'information à atteindre l'équilibre... avec un modèle payant !

MédiaPart est le seul des nouveaux pure-players de l’information à atteindre l’équilibre… avec un modèle payant !

Parmi les pure-players de l’information, seul MediaPart – qui a adopté dès le départ un modèle 100% payant basé sur l’abonnement – a réussi à atteindre l’équilibre. Alors qu’il avait été accueilli par beaucoup de scepticisme à ses débuts, c’est aujourd’hui le seul de ces nouveaux sites d’information en ligne à ne pas perdre d’argent ! Tout un symbole. Je reviens d’ailleurs sur le bel exemple de MédiaPart dans une étude de cas consacré au modèle payant dans mon livre sur la monétisation sorti en décembre dernier.

Un premier pas d’Atlantico vers les contenus payants qui prouve, une nouvelle fois, que le modèle du 100% gratuit et publicitaire – avec ce qu’il induit : course à l’audience, baisse de qualité du contenu, etc. – montre plus que jamais ses limites. Et qu’il ne peut difficilement, à lui seul, constituer un business model rentable pour ce type de projets.

Les enseignements à tirer pour monétiser son site :

Au delà de sa propre situation, la transition partielle d’Atlantico vers le modèle payant offre aussi des leçons à tirer pour tous les webmasters et blogueurs en quête de nouvelles solutions de monétisation.

– On peut changer de modèle économique même après la création du site.

Jusqu’à présent, Atlantico était 100% gratuit. Tous les contenus étaient en accès libre aux internautes. Son intention de publier désormais des livres numériques payants montre que l’on peut faire évoluer son business-model et sa stratégie de monétisation au cours de la vie de son site.

– Il ne faut pas avoir peur de se lancer dans le modèle payant. Même quand on a été uniquement gratuit jusque-là.

Certains webmasters ont parfois peur d’être mal perçu par leurs visiteurs s’ils décidaient d’aller vers un modèle payant alors que leur site a toujours été gratuit. Soyons clair, si vous rendez payant – sans explication – ce que vous avez toujours proposé gratuitement, cela risque de poser quelques problèmes au début. Mais comme pour Atlantico et tant d’autres, la transition vers le modèle payant peut également passer par le développement de contenus exclusifs supplémentaires payants à haute valeur ajoutée. Sans risque de brusquer ses visiteurs.

– Le modèle publicitaire n’est à lui seul pas assez rentable

Si Atlantico a décidé de se lancer dans la production de contenus payants, c’est aussi et surtout pour diversifier son chiffre d’affaires et renforcer ses revenus alors que les rentrés publicitaires ne sont pas suffisantes. C’est un constat, pour de nombreux sites, le modèle publicitaire n’est souvent pas, à lui seul, assez rentable. Encore plus dans le cas de tels sites dans lesquels les coûts fixes – rédaction de journalistes, etc. – font grimper le niveau de dépenses. Il est nécessaire d’élaborer une stratégie de monétisation efficace et diversifiée.

– Penser au repackaging de contenu

Parmi les contenus payants annoncés par Atlantico, il y a ce « best-of » au format numérique des meilleurs articles publiés chaque semaine sur le site pour lequel les visiteurs auraient déjà exprimé leur intérêt. C’est un tout cas un bon exemple de ce que peut être le repackaging de contenu. Un principe qui consiste à retravailler son contenu déjà produit sous une forme différente pour le reproposer aux visiteurs.

Dans le cadre d’Atlantico, ce format est une très bonne idée quand on sait qu’un site de presse en ligne publie des dizaines d’articles par semaine et qu’il peut être difficile de faire le tri parmi le flot constant d’informations à l’heure actuelle. Un type de contenu qui, dans une forme mensuelle, pourra aussi intéresser les blogs et les sites publiant également plusieurs articles par jour.

– Le modèle payant peut prendre différentes formes

Alors que la mode est en ce moment aux produits d’information sous forme d’ebooks ou aux formations vidéo en ligne, l’exemple d’Atlantico rappelle que le modèle payant est extrêmement vaste et peut prendre de nombreuses formes. L’important étant de développer des ressources, des services ou des produits en accord avec la ligne éditoriale de son site et trouveront un écho auprès de ses visiteurs.

Conclusion

Ce changement partiel de business-model d’Atlantico vers les contenus payants prouve les difficultés du modèle 100% gratuit et publicitaire et la nécessité de diversifier ses revenus et sa stratégie de monétisation pour augmenter son chiffre d’affaires. Il démontre aussi que le modèle payant s’impose de plus en plus dans le paysage du web et n’est pas forcement mal accepté par les internautes. Au contraire. En plus de pouvoir prendre de nombreuses formes qui s’adapteront aux spécificités de chaque site et chaque public.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Votre site fonctionne-t-il uniquement grâce aux revenus publicitaires ? Avez-vous déjà développé des contenus payants pour développer vos revenus et améliorer votre stratégie de monétisation ?

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À propos de l'auteur

Thibault Vincent

Directeur de la rédaction de Monetilab, il est l'auteur du livre référence sur la monétisation : "Le web, ça rapporte ! Rentabiliser son site, son blog ou son appli grâce à une stratégie digitale efficace" aux éditions Pearson. Il dirige également l'agence Lemon Factory, spécialisée dans le marketing digital et le conseil en monétisation.

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10 commentaires

  1. Je fais l’inverse. Je fonctionne au modèle payant, et je cherche à diversifier avec de la publicité.

  2. Oui, la difficulté de la pub, c’est que TOUS proposent la même chose, rien d’innovant …
    Sur certains sites, pr lire un article, il faut lire une video en entier alors qu’Atlantico avait seulement des encarts ( les adbloqueurs ont agi ) pr lesquels il faut dc bcp de visiteurs !
    On peut proposer du gratuit si à côté on développe une activité payante …

    • Author

      Tu mets le doigt sur le problème majeur dans ce genre de situation : le manque de valeur ajoutée !

      Tant que les sites d’information en ligne continueront tous de reprendre les mêmes dépêches AFP, effectivement, ce sera un vrai problème et personne ne sera prêt à payer pour ça !

      Il est indispensable que chaque média trouve son propre ton et sa valeur ajoutée à proposer aux visiteurs pour se différencier.

      Sinon, ils sont condamnés à devoir mettre toujours de plus en plus de pub pour essayer de compenser la baisse des revenus publicitaires..

  3. Hello

    Il me semble que Owni a aussi une activité de vente d’ebook ?

    Le modèle économique freemium est un classique à ce niveau là, beaucoup de gratuit pour assurer l’audience, un peu de payant pour générer le chiffre d’affaire…

    Mais c’est délicat pour l’information…

    Sur le marché de l’information, on voit souvent des sites qui essayent de faire du freemium en ayant une partie d’info gratuite et une partie payante…

    Je ne sais si c’est dans ton livre mais j’avais lu une remarque qui m’avait paru très juste.

    On dit que le freemium a été inventé par Gilette qui donnait les rasoirs pour ensuite vendre les lames.

    Gilette n’avait pas une gamme de rasoirs gratuits et une gamme payante !

    Partant de ca, la remarque était que l’info doit être gratuite ( les rasoirs ) et qu’il faut vendre « autre chose » à coté, par ex des services qui permettent de l’utiliser au mieux ( les lames dans notre exemple ) : par ex formation, conseil, etc…

    Mais sur le même site, une part d’info gratuite qui cohabite avec une part d’info payante me parait être un modèle condamné à l’échec

    A creuser…

    • Author

      Non, l’anecdote sur Gilette n’est pas dans mon livre. Je ne la connaissais pas. Mais c’est une très bonne remarque !

      Je te rejoins dans ton commentaire. Sauf sur un seul point. Pour moi, « les lames », ça ne doit pas être la formation ou le conseil (enfin, ça peut, ça permet de diversifier mais ce n’est kamm pas le premier objectif d’un journal, si ?). Les « lames », ça doit être des dossiers complets et de fond, des articles d’investigation d’une dizaine de pages, des enquêtes de fond qui ont nécessité plusieurs mois de travail, des analyses poussés des sujets d’actu du moment, etc.

      Du journalisme, du vrai quoi ! Un truc qui ne se limite pas juste à reprendre une dépêche AFP (qui constituerait le « rasoir » gratuit pour faire venir la masse) !

      Le genre de papiers et de dossiers qui sont aujourd’hui, totalement impossible de faire avec le modèle gratuit où le CPM et le nombre de pages vues sont rois ! Et pour lesquels, avec un modèle gratuit publicitaire, ce type de dossiers seraient beaucoup trop chers à produire et se révéleraient non-rentables par rapport au temps nécessaire pour les écrire.

      PS : C’est d’ailleurs, d’après moi, le grand danger de la gratuité de l’information. Que les sites de presse en ligne oublient ce qu’est vraiment le journalisme et n’aient plus le temps / l’argent de faire de vrais papiers de fond et d’enquêtes.

      • Quand tu dis que se diversifier dans la formation ou le conseil n’est pas l’objectif d’un journal, je pense que tu as raison mais je poursuis l’analyse en disant que j’ai l’impression c’est justement pour ca que les journaux ont tellement de mal à trouver un modéle économique…
        Tous les fremium ( rasoirs & lames, imprimantes & encre, cafetières & dosettes ) sont basés sur les mêmes principes :
        1) ce qui est donné et ce qui est vendu sont des choses différentes
        2) mais ce qui est vendu « s’appuie » sur ce qui est donné ( on pourrait dire que ce qui est vendu est nécessaire à une utilisation optimale de ce qui est donné )
        3) et accessoirement, ce qui est vendu a souvent une valeur unitaire plus faible que ce qui est donné
        1) => tu parles de dossier ou d’enquête, je suis OK à un bémol près, si dans ce dossier il y a de l’information, c’est pas une lame, c’est un rasoir haut de gamme
        2) => le but est de vendre quelque chose qui aide à utiliser ce que tu donnes, si tu donnes de l’information, ce que tu va vendre doit aider à la comprendre, à l’analyser, à en tirer partie pour prendre des décision. C’est pour ca que je parlais de formation. Dans le cadre d’un dossier, ce qu’il faut vendre c’est le travail d’analyse ( exemple : dans ce dossier on a compiler de l’info – librement disponible – on l’a analysé, on en a tiré des tendances et on vous dévoile nos scénarios pour le futur afin de vous y préparer )
        3) => y’a un grand écart entre le prix d’une cafetière expresso et le prix d’un paquet de dosettes, l’idée étant que la personne a qui on a donné la cafetière va acheter plusieurs paquets, si possible régulièrement. Si on retranscrit ca dans notre modèle de marché de l’information, il faut viser les achats récurrents et les abonnements ( la dessus pas de soucis, la presse sait faire )…

        • Author

          Yep. Je pense qu’on est d’accord sur la question. En tous les cas, ce sont des questions passionnantes. J’en referai certainement très vite un nouvel article.

  4. Pour info, la question agite aussi nos « cousins » du Canada/Québec :
    http://frenchweb.fr/assiste-t-on-a-la-fin-de-la-presse-gratuite-en-ligne/78216
    😉

  5. Author

    Yep, j’ai lu ça aussi sur FrenchWeb.

    Preuve que le modèle du « tout gratuit » pour la presse en ligne arrive en bout de course et qu’il a plus que jamais besoin de se réinventer.

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